Fallait les emmener à Ibiza!

C'est bien connu, on ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif. Pour qu'un âne boive, il faut d'abord lui demander s'il veut de l'eau. Décider pour les autres peut faire gagner du temps , certainement, surtout si on sait où l'on veut aller; c'est pourtant une erreur de sous-estimer les desseins de son interlocuteur. Une erreur facile à éviter: il s'agit simplement d'écouter.

Interviewé par son ami Guy Forget, Yannick Noah, capitaine historique de l'équipe de France de Coupe Davis, a eu l'occasion d'illustrer une de ses approches du management. Amère surprise.

Oreilles anes gp

Que veux-tu? ... ou "le conseil qui tue"

Entre eux deux sur Eurosport

Dans un échange entre professionnels de la raquette, Forget, lui aussi capitaine pendant près de dix ans, expliquait à Noah sa frustration de n'avoir pas pu apporter toute son expérience à ses joueurs.

" - Combien de fois je leur ai dit : "quand vous êtes à Genève, prenons un café, qu'on discute de votre jeu"... sans que ça ne se fasse jamais! Tu proposes une fois, deux fois, et après tu laisses tomber et c'est dommage.
- Il fallait les emmener à Ibiza, l'interrompt Noah."

Que voulait dire Forget ?

  1. Il avait des conseils à donner
  2. Il savait que ses joueurs habitaient dans sa région
  3. Il était désolé de ne pas être sollicité

À quoi a réagi Noah ?

  1. Il a saisi qu'il y avait un dialogue à mettre en place
  2. Il y a vu une inadéquation entre la proposition (Genève, ville calme) et les joueurs (fêtards)
  3. Il a ignoré le sentiment profond de Forget

Bien sûr que Genève, dans l'inconscient collectif (au moins), ce n'est pas "excitant" comme Ibiza. Le problème n'était pas la destination, en réalité, mais bien le sentiment que Forget n'avait toujours pas digéré... et dont Noah n'a pas du tout tenu compte dans sa réponse.

Un leader qui écoute est un sage qui entraine

Yannick Noah, dernier vainqueur français de Roland Garros. Son palmarès tennistique fait rêver tous les joueurs français actuels. Forcément, on l'écoute quand il parle. On devrait, au moins.

De la part d'un chef, me direz-vous, on ne devrait pas s'attendre à autre chose que la négation des idées de ses employés.
Et pourtant!

  • Comment savoir tirer une leçon, si on ne prête qu'une attention limitée à l'énoncé ?
  • Comment emporter l'adhésion, si on ignore l'état d'esprit de notre interlocuteur?
  • Comment construire un projet, si on se focalise seulement sur son plan d'action personnel?

L'interview-conversation avait certes l'objectif de mettre en avant Yannick Noah, avant la demi-finale Croatie-France. C'était cependant un dialogue entre amis et entre champions. On attendait plus de respect, de bienveillance et de savoir-faire d'un capitaine.

Pont rate

Avant de rebondir sur le propos

Noah aurait dû :

  1. "Quittancer" la frustration de Forget. Cela aurait été de bon ton, plutôt que de partir dans sa propre idée. Forget ne demandait en effet pas tellement une solution a posteriori.
  2. Interroger Forget sur d'autres façons, qui, selon lui, lui aurait permit d'établir une connection avec les joueurs. Cela l'aurait valorisé et stimulé.
    - On n'a toujours rien trouvé de mieux qu la maïeutique, tous les coachs (de vie ou professionnels) vous le diront.

Le vénérable Noah est un homme, qui n'en est pas moins faillible. On l'excusera de ne pas être parfait. C'est l'ami et le meneur d'hommes qui a manqué une occasion... En tennis, une occasion manquée, c'est une balle boisée. Ou dans le filet. Le contraire d'un échange porteur.

Personne n'est allé danser sur le pont, à Ibiza.
Tant pis pour Guy Forget. Tant pis pour Cap'tain Noah.

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