Grosse phatique de l'intelligence !

« Bonjour », dit le robot. « Bonjour », répondit l’humain. La formule n’avait rien à voir avec le souhait d’une belle journée. Quel vœu pourrait dire l’humain à l’adresse d’une machine ? Quelle interaction, sincère, chaleureuse, éventuellement intéressée, peut-il y avoir entre un cœur biologique et un circuit électronique ? Au-delà de la fonction "phatique" de la tournure, demeure une vraie interrogation : notre vocabulaire se galvauderait-il avec l'informatique ?

Un robot peut-il avoir mal au coeur ?

Un robot peut-il avoir "mal au cœur" ?

"Robot, as-tu du coeur ?"

Une machine qui exprime de la compassion, de l'empathie, voire de l'intérêt pour un humain, doit-elle être remerciée et traitée avec le même égard ?

C'est la question que je me suis posée en interagissant récemment avec un "chatbot" (un algorithme pas vraiment intelligent). Pourquoi lui dirions-nous "bonjour", pourquoi lui dirions-nous "bonne journée" ou "merci" ? Ces mots, utilisés à longueur du temps, conservent une dimension spirituelle qui, normalement, devrait échapper à l'électronique.

Quand un mail se termine par "cordialement", même si l'usage a exterminé toute notion de "cœur", on comprend la formule comme une façon courtoise, civilisée, de terminer un message. Mais si c'est le robot qui l'utilise, toute l'hypocrisie (humaine) remonte. Et dans les 0 et les 1 de l'intelligence simulée, elle résonne comme le refrain d'un disque rayé, d'un perroquet mal luné.

Les expressions phatiques alimentent le lien entre nos semblables. Utiliser ces expressions avec des robots n'a pas de sens !

Imiter est un confort et une économie

Il est bien plus facile de "faire avec" plutôt que de ré-inventer la langue française. Certes.

Il est plus facile de faire des icônes de téléphone (cf le combat entre Google/Android et Facebook/WhatsApp), plutôt que de styliser leur nouvelle forme (rectangulaire).

Les robots nous ressembleront le plus possible parce que l'on passe plus facilement d'une réalité à une autre si elles se ressemblent. C'est moins d'effort mental... et cela rapporte davantage.

Les icônes "téléphones" correspondent à un souvenir.

Souvenons-nous que le virtuel est une illusion

Il faudrait pourtant opérer un véritable redémarrage de la pensée pour ne pas se laisser berner en permanence. Lorsque vous "scrollez" sur une page web, il est en vérité impropre de dire que l'on descend en bas de la page (l'écran est immobile). Et tout à l'avenant : faire défiler les photos sur l'écran, d'un geste machinal, correspond simplement à une illusion. Rien ne bouge physiquement. Tout le monde est dupe, "sauf les aveugles, bien entendu".

La "robolution" est en marche! Par paresse ou par ignorance, le combat est forcément vain. Et pourtant, il aurait été bien que l'Académie française ou une autorité philosophique se penche sur la question...  parce que, si l'on doit considérer les robots comme nos égaux, on ne pourra que leur dire : "désolé !" le jour où ils nous traîneront aux tribunaux.

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