La Monnaie Léman cultive l'entre-soi et se tire une balle dans le pied

La "Monnaie Léman" a été lancée en 2015, par un groupe de convaincus du "Grand Genève". Après trois ans, ce sont plus de 550 professionnels de la région franco-valdo-genevoise qui participent au projet. Artisans, restaurateurs, institutions publiques acceptent d'être payés avec cette monnaie résolument locale et solidaire. Les chiffres semblent indiquer le succès de l'audacieuse entreprise, l'approche, cependant, interroge : la Monnaie a choisi de faire passer son message sur un ton humoristique, tourné vers les "acquis à la cause", et non vers une plus grande proportion de la population. Ou "comment s'encoubler sur une route plate".

Monnaie Léman 10

Détail du billet de 10 Lémans. ©DR

Monnaie locale, mais épouvantail grec

En se tournant vers des dessinateurs de presse et des caricaturistes de la région, comme Herrmann, de la Tribune de Genève, ou feu le Valaisan Mix et Remix, les responsables de la Monnaie Léman ont visiblement joué la carte de la connivence locale et clairement affiché leur esprit à l'opposé du monde globalisé, qui engendre chômage et injustices.

Ainsi, sur le billet de cinq Lémans figure un dessin de Coco, jeune femme originaire d'Annemasse et collaboratrice du sulfureux Charlie Hebdo. Un personnage grec, en habits folkloriques rapiécés, explique en creux qu'une telle monnaie locale lui aurait épargné, et à ses comptariotes, aussi bien leur crise économique que leurs crises de nerfs.

En tant que "grand genevois", on peut se demander la pertinence de l'illustration. Le personnage renvoie à une situation "étrangère" et passée, clairement compliquée. Son intérêt serait de rassurer le détenteur du billet, tout en agitant le mouchoir de la gabegie économique.

Faire appel à une situation négative pour légitimer la démarche se discute. L'adhésion à la Monnaie Léman est moins heureuse que ce qu'affirme le billet de dix, signé par le Genevois Aloys Lolo (ci-dessus). Surtout, politiser un projet qui cherche à toucher le plus grand nombre sur les rives d'un lac binational, avec un propos clivant et stigmatisant, c'est contreproductif ! Pour croître, il faut sortir de son pré-carré. Il est toutefois plus aisé de tirer contre son camp. Et puis, c'est nettement plus drôle.

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Quant à l'approximation grammaticale "On nous en n'a pas parlé"... C'est dommage pour toutes les coupures imprimées d'être tachées de la sorte. Au moins, avec le numérique, il y aurait eu la possibilité de corriger dare-dare. Quitte à garder le "ne" de la négation, il aurait bien sûr fallu écrire "On n'nous en a pas parlé"...

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